• C’était un beau dimanche matin du siècle dernier, un très beau matin de début de printemps, un de ces matins où un tour à vélo du Val de Villé et de ses cerisiers en fleurs s’impose indiscutablement.

    Je pédalais donc, ravi, sur la Route du Sel, dans la forêt entre la Hünelmuehle et Thanvillé, quand, à une petite centaine de mètres, sur la route, je vis venir droit sur moi un animal : un renard ? un lièvre ? ce n’était pas encore bien net. Je ralentis sans trop faire de bruit (j’avais bien révisé mon vélo durant l’hiver et le bitume était neuf et lisse), mais l’animal au bout de trois ou quatre secondes me repéra aussi. C’était un faon, un bambi de chevreuil. Et sa mère n’était pas loin : elle trottait aussi vers moi, parallèlement à Bambi, mais à une dizaine de mètres de la route, invisible dans le sous-bois : j’entendais ses discrets appels inquiets. Bambi s’avisa enfin de lui obéir, mais il n’avait pas encore appris à bien freiner : il raidit ses pattes avant, glissa des pattes arrière et se retrouva un instant sur son arrière-train. Il n’avait pas encore appris non plus, pour rejoindre sa maman, à bien tourner à angle droit ni à sauter un petit fossé : s’il n’avait pas été si jeune (il devait n’avoir que deux ou trois jours ou quelques heures seulement), on aurait pu croire qu’il avait bu autre chose que le lait de sa maman.

    Je les entendis disparaître petit à petit dans l’épais de la forêt et je repartis rêveusement vers mes cerisiers en fleurs.





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